Eijiro Ito : Des signes décodés

« Garçon », « innocence », « 3, 2, 1, 0, -1, -2, -3 » : les signes inscrits dans les bulles des dessins de la série « Work 10 » suscitent l’interrogation. Pourquoi ces personnages tout droit venus de la culture visuelle manga cherchent-ils a dire l’inverse de ce qui laissent paraitre ?

Avec cette série, l’artiste japonais Eijiro Ito, installé à Paris depuis près de vingt

ans réinvestit un pan de sa culture d’origine pour mettre en doute les apparences. Riche d’une vingtaine de déclinaisons sur le thème du contraste entre l’être profond et l’être en surface, cette série emprunte au répertoire iconographie de la bande dessinée ces formes plastiques.

Minimalisme. La culture contemporaine sert ici de laboratoire d’expérimentation pour un artiste explorant le déséquilibre de chaque être, divisé entre plusieurs strates.

Passionné de philosophie tant extrême orientale qu’Occidentale, Ito présente une autre série de gravure incarnant le cycle du temps.

Dans un espace coupé de toute réalité topographie, une atmosphère chromatique varie selon l’heure de la journée. Ici encore l’on perçoit le minimalisme de son travail. Peu d’éléments : un chat noir, des cheminés sur un toit flottant dans le vide. C’est le symbolisme de la ville lumière que semble ici convoquer Eijiro Ito.

En présentant ces deux séries, le portrait de l’artiste est quasiment déjà brossé : une influence culturelle et spirituelle japonaise encore extrêmement présente et un « pays d’accueil » dont il fait sien certains codes.

 

 Izumi : Avancez masqué…

 Pourquoi un animal devrait-il porter un masque ? Pour se cacher! Mais se cacher de qui ?

Pratique sociale, officiellement réservée aux carnavals ou autre festivités du genre, sortir masqué en dit long…Sur nous, sur notre rapport à l’altérité, au vrai, au faux. Le masque trompe, dupe, falsifie le réel, mieux, donne l’illusion de.

Cet objet est réemployé par l’artiste d’origine japonaise Izumi. Elle l’adapte en le plaçant devant les yeux d’un bestiaire ou en présentant leur revers. Ses « masque social », le « paraître », les jeux de « faux-semblant » où chacun ne montre qu’une partie de sa personnalité, amenant à un déséquilibre permanent de notre être entre le dévoiler et le cacher.
Ce jeu sémiotique et plastique est influencé par la double culture franco-japonaise
de l’artiste proche de la mythologie Shintoïste. Cette croyance ancestrale, proche de l’animisme, qui est considérée comme la plus ancienne religion au Japon.
Cet objet hybride, fascinant quoique terrifiant manifeste la frontière entre
le monde réel et le monde magique. D’autres bustes zoomorphes masqués voient leurs bois se prolonger et faire naître la vie. Étrange métamorphose procédant d’une force sécrète de la nature.

Maud LC : Harmonieux déséquilibres

Avec sa série de vingt-quatre montagnes, c’est l’évolution de la vie
d’un glacier que la plasticienne Maud LC a représenté. Sur du papier japonais, les zones sombres se déplacent, migrent, alternent avec la blancheur du support. Rigoureusement simple, ces formes vont à l’essentiel.

Elles traduisent à la fois l’évolution, le temps, le changement mais aussi la présence, parfois légère, parfois plus
lourde d’une masse. Alors que l’on serait amené à donner des noms à ces montagnes, celles-ci refuseraient. Elles sont toutes LA montagne, son concept, sa forme pure.
Ces gravures mettent en exergue les déséquilibres liés à l’empreinte écologique de l’Homme sur le climat, sur l’écosystème Terre. Maud aime à emprunter le chromatisme épuré et certains motifs que l’on retrouve dans la sensibilité nippone, tel un mur minéral, est accompagné d’autres séries réalisées par l’artiste en 2009 à partir de bouton.

Ce matériau lié à son enfance symbolise dans le tétraptique « point de liaison » une fresque temporelle passant par tous les âges de la vie. Une autre oeuvre, également réalisée à partir de ces petits ronds de plastique coloré traduit-elle l’énergie pure de l’artiste au moment où, après un geste pollockien, celui-ci lâche en même temps sur un support blanc
Marqué par un parcours atypique explorant le développement durable, Maud LC recherche la réconciliation des contraires, yin et yang qu’elle matérialise dans ses séries, comme autant de résultats de variations de l’équilibre et du déséquilibre.