Exposition Déséquilibre:  une création contemporaine sous influence japonaise

Par Romain Arazm, Curateur

La première exposition de l’Association Ambire-Madrian explorait,
aux cotés de l’ethnologue arctique Jean Michel Huctin, les liens que le peuple Inuit entretiennent avec la tradition et la modernité dans les créations artistiques et dans le mode de vie.
Toujours en quête de découverte, l’association s’intéresse pour sa deuxième exposition à l’influence japonaise dans la production artistique française. Articulée autour d’un groupe de jeunes artistes trentenaires, cette influence prend de nombreuses formes. Parmi elles les concepts d’équilibre et de déséquilibre, au centre des réflexions esthétiques nippones tant traditionnelles que contemporaines. Tandis que leurs médiums sont hétérogènes (peinture, gravure,  sculpture, installation vidéo, danse) leur fin est homogène : l’harmonie esthétique, mystique, ontologique.

Cette féconde bipolarité (équilibre/déséquilibre) inscrite au cœur même de tout processus créatif constitue le fil rouge d’un parcours constitué de près d’une centaine d’œuvres récentes réalisées par ces artistes « sous influence ». Celle-ci agit soit de manière consciente et réfléchie, soit de manière intuitive et inconsciente.
Au-delà de la culture japonaise, l’œuvre d’art quelle qu’elle soit, nous semble en effet être le résultat visible d’une recherche d’équilibre intérieure. L’artiste, tel un Janus, est un être bicéphale. Celui-ci marche là entre deux hémisphères opposés mais complémentaires. Il regarde le passé pour se projeter dans l’avenir, il fait le vide en lui pour remplir son oeuvre, il emploie de la matière pour créer de l’idée, c’est un homme explorant sa féminité. Les
antagonismes fusionnent sous la surface apparemment lisse, unie et harmonieuse.

L’Harmonie, entre équilibre et déséquilibre. Une simple métaphore illustrerait très simplement cette idée: l’équilibre d’un homme sur une bicyclette résulte des déséquilibrages alternés des coups de pédales. Le vélo, comme l’art, n’est donc pas linéaire. C’est ce développement méandreux qui s’incarne, in fine, dans l’œuvre d’art achevée.

Cette tension nourricière apparait en effet en filigrane de l’influence nipponne exprimée par différents médiums. Certains artistes sont japonaises et vivent en France depuis de nombreuses années, c’est le cas d’Eijiro Ito (né en 1978). D’autres sont Franco-japonais
et ont crée sous l’influence commune des deux traditions, tel est le cas de Izumi. Enfin d’autres artistes plasticiens français, comme Maud LC, se sont tournés vers « une culture si riche en valeur plastique et philosophique ».

Enrichissant ce trio initial d’autres artistes et plasticiens explorent à leur façon cette influence en usant de leurs médiums favoris : Caroline Faiola en mêlant calligraphie et
chorégraphie, Jisseo avec une installation, Alain Cazalis avec de la peinture, Sarah Hoyt en explorant le son et la vidéo, Pascal Goet en plongeant le spectateur dans un monde poétique et effrayant de la macrophotographie.

Du 28 avril au 18 mai 2014 au Espace Christiane Peugeot (62 avenue de la Grande Armée, Paris 17e). Ouvert tous les jours de 11h  à 19h. Entrée gratuite.